Financer un tour du monde : faut-il emprunter sur son logement ?

Un an de voyage ne coûte pas seulement des billets et des nuits d'hôtel : c'est aussi un an sans salaire, avec des charges qui continuent en France. Avant d'envisager un crédit, voici comment chiffrer le projet et comparer honnêtement les options.

Financer un tour du monde sans risquer son logement — 6 à 11 mois de congé sabbatique, non rémunérés

Le budget d'un tour du monde : ce qui coûte vraiment

Le poste le plus lourd n'est souvent pas le voyage lui-même, mais l'absence de revenus. Pendant votre absence, plusieurs dépenses continuent : mensualité de crédit immobilier en cours, taxe foncière, assurance habitation, abonnements, éventuelle mutuelle ou assurance voyage. Un budget réaliste additionne donc trois blocs :

  1. le coût du voyage : transports, hébergement, nourriture, visas, vaccins, équipement ;
  2. les charges fixes qui restent en France pendant la durée du départ ;
  3. une réserve pour le retour, le temps de retrouver un rythme et, le cas échéant, un emploi.

Ce troisième bloc est celui qu'on oublie. Partir en ayant vidé toute son épargne de précaution, ou en ayant contracté un crédit, laisse sans marge au moment où l'on rentre.

Les petites lignes qui s'additionnent

Une assurance voyage couvrant les frais médicaux à l'étranger, un garde-meubles si vous libérez votre logement, les frais bancaires sur les paiements en devises, les abonnements à suspendre ou à résilier : chaque ligne paraît modeste, mais sur douze mois elles pèsent. Chiffrez-les avant de fixer la somme à réunir.

Partir sans démissionner : le congé sabbatique

Pour un salarié du secteur privé, le congé sabbatique permet de suspendre son contrat de travail et de retrouver son poste au retour. À défaut d'accord collectif plus favorable :

  • il dure de 6 mois minimum à 11 mois maximum ;
  • il faut au moins 36 mois d'ancienneté dans l'entreprise et 6 années d'activité professionnelle ;
  • la demande se fait au moins 3 mois avant le départ ;
  • l'employeur peut reporter le départ, voire le refuser dans certaines entreprises de moins de 300 salariés.

Le congé n'est pas rémunéré. Il peut en revanche être financé en partie par des congés payés mis de côté : sans accord, les jours acquis au-delà de la quatrième semaine peuvent être reportés pendant 6 ans au plus. Garder son emploi est aussi le meilleur atout pour rembourser un éventuel crédit au retour.

Le conseil du pôle hypothécaire

Fixez la date de départ en fonction de votre épargne, et non l'inverse. Si un crédit reste nécessaire, limitez-le à l'écart entre l'épargne réunie et le budget, et prévoyez de le rembourser avec des revenus qui reprennent dès votre retour.

Épargne, prêt personnel ou crédit hypothécaire : le coût comparé

Prenons un couple qui estime son année de voyage à 40 000 €, réserve de retour non comprise. Les deux taux d'intérêt sont posés pour l'exemple, ce ne sont pas des offres.

Montants calculés sans assurance emprunteur ; 600 € de frais de garantie comptés pour l'hypothèque (environ 1,5 %).
Pour 40 000 €Épargne sur 4 ansPrêt personnel, 5 ans à 5,5 %Crédit hypothécaire, 15 ans à 3,9 %
Effort mensuel833,33 € pendant 4 ans, avant le départ764,05 € pendant 5 ans293,87 € pendant 15 ans
Intérêts payés0 €5 842,79 €12 897,44 €
Frais de garantie0 €0 €environ 600 €
Durée de l'engagement48 mois60 mois180 mois

L'épargne ne coûte rien et peut même rapporter un peu, selon le placement choisi. Le prêt personnel reste lisible : cinq ans, un coût connu, aucune garantie sur votre logement, et 14 jours pour vous rétracter. Le crédit hypothécaire affiche la mensualité la plus faible, mais vous rembourseriez votre voyage pendant quinze ans, soit quatorze ans après votre retour, pour un coût total plus de deux fois supérieur.

Panacher épargne et petit prêt

Le choix n'est pas binaire. Si le couple a déjà réuni 30 000 € et qu'il lui manque 10 000 €, un prêt personnel de ce montant sur 3 ans, au même taux hypothétique de 5,5 %, coûte 301,96 € par mois et 870,52 € d'intérêts au total. L'essentiel du voyage est payé d'avance, et la dette s'éteint en trois ans.

Emprunter sur son logement pour voyager : pourquoi la réponse est rarement oui

Mettre son logement en garantie pour partir en voyage, c'est souscrire un crédit immobilier au sens de la loi : dix jours de réflexion après réception de l'offre, frais d'acte chez le notaire, et un coût global qui ne peut pas excéder le taux d'usure, soit 4,68 % au 4e trimestre 2026 pour un prêt fixe sur 10 à 20 ans. Trois raisons invitent à la prudence.

  • Le voyage ne laisse aucun actif : contrairement à des travaux, il n'ajoute rien à la valeur du bien qui sert de garantie.
  • Le logement est en jeu : si les échéances ne sont plus payées, le prêteur peut poursuivre la vente forcée du bien hypothéqué.
  • Vos revenus seront interrompus : la banque examine votre capacité à rembourser. Si les mensualités démarrent pendant le voyage, il faut pouvoir les payer sans salaire.

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Louer son logement pendant le voyage : une ressource incertaine

Louer sa résidence principale pendant l'absence paraît une évidence. Le cadre juridique en limite pourtant l'intérêt. Le bail mobilité, souvent cité pour ce cas, porte sur un logement meublé pour 1 à 10 mois, sans renouvellement, et il est réservé à certains publics : étudiants, personnes en formation ou en stage, apprentis, volontaires en service civique, salariés en mutation ou en mission temporaire.

  • Aucun dépôt de garantie ne peut être demandé.
  • Le locataire peut partir à tout moment avec un préavis d'un mois.
  • Les loyers perçus s'ajoutent à vos revenus déclarés.

Ces loyers peuvent alléger le budget, mais ils ne sont pas garantis pendant toute l'absence. Il serait imprudent de bâtir le remboursement d'un crédit sur eux.

Les cas où un crédit garanti par votre bien peut se discuter

Il existe des situations où cette solution n'est pas déraisonnable, à condition qu'elles soient réunies et non simplement espérées :

  • un patrimoine immobilier important, dont le bien mis en garantie ne représente qu'une partie, et un montant emprunté faible par rapport à sa valeur ;
  • un emploi conservé grâce au congé sabbatique, ou des revenus qui ne dépendent pas de votre présence ;
  • une épargne de précaution intacte au départ ;
  • un remboursement anticipé prévu à date proche, par exemple grâce à une vente déjà engagée, avec une durée de prêt courte.

Si ces conditions ne sont pas toutes remplies, épargner un an ou deux de plus, réduire la durée du voyage ou recourir à un prêt personnel de montant limité reste plus sûr. Pour comprendre ce qu'implique une garantie sur votre bien, consultez le fonctionnement du crédit hypothécaire, puis faites, si besoin, une étude de faisabilité sans engagement.

Questions fréquentes

Comment financer une année sabbatique ?
Le plus sûr est une épargne dédiée constituée avant le départ, complétée par des congés payés reportés si vous partez en congé sabbatique. Un prêt personnel de montant limité peut combler un écart. Emprunter en hypothéquant son logement se justifie rarement pour un voyage.
Le congé sabbatique est-il payé ?
Non. Le contrat de travail est suspendu et le salaire n'est pas versé, sauf accord plus favorable. Le congé dure de 6 à 11 mois et se demande au moins 3 mois avant le départ.
Peut-on louer sa résidence principale pendant un tour du monde ?
Oui, mais le bail mobilité, d'une durée de 1 à 10 mois en meublé, est réservé à certains locataires (étudiants, stagiaires, salariés en mission ou en mutation). Le locataire peut partir avec un mois de préavis : les loyers ne sont pas garantis pendant toute l'absence.
Est-ce raisonnable de faire un prêt hypothécaire pour voyager ?
Rarement. Le voyage ne crée aucun actif, la durée de remboursement est longue et le logement sert de garantie. C'est envisageable seulement avec un patrimoine important, un emploi conservé et un remboursement anticipé prévu.

Sources

  1. Service-Public.gouv.fr — Congé sabbatique du salarié dans le secteur privé (F2381, vérifiée le 17/08/2026)
  2. Éditions Tissot — Tout savoir sur le congé sabbatique (16/06/2025)
  3. La finance pour tous — Bail mobilité (mise à jour le 13/09/2023)
  4. La finance pour tous — Crédit à la consommation : de nouvelles règles en 2026
  5. Service-Public — Prêt immobilier : offre et délai de réflexion (F16123)
  6. Banque de France — Taux d'usure au 4e trimestre 2026

Publié le 30 octobre 2026.

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